AMERICAN HISTORY X
Avec Edward Norton (Derek Vinyard), Edward Furlong (Danny Vinyard), Beverly d'Angelo (Doris Vinyard).
Scénario : David McKenna.
Photo : Tony Kaye.
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N.B. : Ces lignes contiennent peut-être quelques révélations sur le film et, à ce titre, il serait peut-être souhaitable d'avoir vu ce dernier avant d'avoir lu tout cela, pour que sa découverte se fasse dans les meilleures conditions.
Lorsque l'on traite d'un sujet comme la lutte contre le néo-nazisme ou bien contre ses réminiscences du passé, mieux vaut faire attention. C'est une cause noble, mais la hardiesse est de rigueur. Pour son premier film, Tony Kaye, sur la tête duquel les casquettes de réalisateur et de chef opérateur s'amoncellent, aurait dû faire extrêmement attention à cela. Si l'on gratte et évacue le côté tape-à-l'œil, quasi-caricatural même, qui émane de son travail, il ne reste malheureusement plus grand chose.
Mais revenons-en au film. Derek Vinyard est un néo-nazi. Un vrai, un pur, un dur. Il a bien sûr les cheveux ras et porte même une énorme croix gammée sur le pectoral droit, qu'on voit dès la première minute de bobine, d'où commence déjà la caricature et le grotesque, et qu'on ne peut vraiment pas manquer. Il a bien évidemment de vraies pensées extrêmistes sur tout, comme le film en demande. Et puis, un soir, puisque des gens de couleur allaient lui prendre son véhicule devant chez lui – on apprendra plus tard qu'ils ont un contentieux, parce que monsieur Kaye manie le flashback, comme moi je manie les balles de jonglage, c'est-à-dire très mal –, il devient très énervé, même vert de rage (ah non, pas vert ; tout se veut blanc chez lui). Il prend son arme et tire sur les deux énergumènes. Hop, prison. Pour un double-crime racial, il ne prend d'ailleurs au plus que quelques années. Comme c'est bizarre… Mais passons, on n'est pas à une incohérence près. Et puis, quand il sort, il devient totalement ouvert, revient sur son passé foireux, s'est laissé pousser les cheveux, etc. Décidément, la prison, ça vous change un homme ! Mais le plus étonnant, c'est que le petit frère aux idées identiques à la base devient, sans aller en prison mais juste en écoutant son aîné (!), le plus saint des saints, ce qui est quand même sacrément gonflé de la part du scénariste.
Ce dernier se moque délibérément du spectateur. C'est d'ailleurs à se demander comment il aurait fait pour créer des personnages plus grossiers : il n'aurait pas pu. Les personnages ne sont pas fades, ils sont totalement dénués de personnalité et d'originalité, et complètement imprégnés de non-sens. Ah, c'est sûr, on ne fait pas dans la nuance avec American History X ! Si on simplifiait à l'extrême, on ne serait même pas dans le faux, tant les protagonistes ont un rôle découpé au burin. On trouve pêle-mêle dans la famille : Derek, le néo-nazi extrêmiste qui par la suite se rebiffe contre le Mal, le petit frère Danny qui fait pareil, la mère complètement déprimée et au bord des larmes pendant les deux heures, et… l'ami xénophobe de Derek, tellement gros qu'on se demande si cela aussi n'était pas également fait exprès, tellement sa « ventripotence » éclate à la caméra, comme pour rigidifier les propos déjà extrêmes du personnage qu'il joue, qui s'adonne à des chants racistes en voiture et exprime toute sa haine, devant un réalisateur qui n'en demandait pas tant.
Ce qui m'inquiète davantage dans la démarche de Kaye, c'était son but en bâtissant ce film. On peut encore faire l'impasse sur la façon d'arriver à ses fins, mais le problème est que je doute qu'elles existent réellement. La finalité de tout cela était-elle de montrer que la rédemption d'un tel extrêmiste est possible ? En fait, si on réfléchit un tant soit peu à cela, l'incohérence nous saute rapidement aux yeux, puisque le réalisateur s'est lui-même empêtré dans l'extrême, en mettant en scène dès le début du film un personnage bien trop englouti dans ses immondices pour qu'il puisse recouvrer la raison. Montrer que la prison peut parfois être bénéfique pour remuer les mentalités de gens qui s'engouffrent irrémédiablement dans l'impasse ? Peu probable également, bien que le film s'attarde longuement sur la détention. Non, en fait, rien de tout ça. Ce qui ressort réellement de ce film, c'est l'extrême poncif qui consiste à dire : « le racisme, c'est pas bien ! » avec un pouce dans la bouche et la poupée dans la main, mais on n'avait pas attendu Tony Kaye pour le comprendre. Désespérant.
Le plus décevant du film, sur lequel on ne peut pas ne pas insister, c'est la mise en scène mauvaise et ratée, qui fait que ce film est réellement une agression pour le spectateur, sous tous les points de vue. Kaye a tout d'abord pris le parti d'utiliser l'outil du flashback pour nous conter son histoire, mais il n'aurait vraiment pas dû procéder ainsi. D'une part, il prend ostensiblement le spectateur pour un abruti, puisqu'il prend la peine de mettre en noir et blanc le récit des faits passés et en couleurs les faits présents, comme si ce spectateur n'avait pas pu comprendre de lui-même à quoi correspondent les différentes scènes. Pire, les va-et-vient perpétuels entre passé et présent sont lassants, fatigants et désespérément maladroits, tellement on s'attend à les voir arriver. Il lui fallait soit faire son histoire dans un ordre chronologique, soit faire des retours plus efficaces et moins nombreux, et non pas gaspiller cette arme qui peut se révéler efficace quand elle est bien utilisée, mais ce n'est manifestement pas le cas ici.
Et puis, quelle violence dans le propos et dans les images ! À quoi sert-elle ? Kaye, qui eût tant souhaité faire un film fin sur un sujet dur, tombe vraiment dans l'excès, en assénant au spectateur des coups brutaux – si cela avait été suggéré et pas montré, ç'eût été cent fois plus réussi – et réellement superfétatoires. Quand on voit Norton écraser la face du Noir dont les dents sont accollées au bitume, on a mal ; non pas pour le pauvre homme (enfin si, quand même !), mais à cause de l'agression qu'on subit en voyant cela, ce qui n'était pas vraiment nécessaire, puisque cet individu était déjà quasi-mort. Le metteur en scène se sent aussi obligé dans un tel film de nous montrer la mise à sac par les extrêmistes d'un supermarché tenu par des Sud-Américains, filmée d'une façon tellement violente qu'elle en est désagréable pour le spectateur. Et je ne m'attarderai pas sur la toute fin du film qui parle d'elle-même.
En toute objectivité, même dans ce film excessif, je me dois de rendre hommage à la splendide prestation de l'excellent Edward Norton, qui joue ici d'une façon remarquable et qui parvient réellement à incarner l'extrême extrêmiste que son metteur en scène réclamait tant. Le jeune Furlong n'est pas mauvais non plus et fait bien passer son message. Après, les qualités des autres sont bien plus masquées, à cause de personnages à la base réellement trop caricaturaux.
Finalement, ce film plutôt prétentieux sombre dans l'outrance, ce qui était le réel danger du thème abordé, et dans lequel Tony Kaye s'est précipité. American History X, pour n'en retenir que les bons côtés, n'est que le terrain idéal pour Edward Norton de montrer tout son talent d'acteur. Dans l'absolu, le film est, dirons-nous, passable. Pour un film dans ce genre, à cause des trous de scénario et de la mise en scène défaillante, il est carrément raté.
David E.– janvier 2001.