LA LIGNE VERTE
Avec Tom Hanks (Paul Edgecomb), Michael Clarke Duncan (John Coffey), David Morse (Brutus « Brutal » Howell), James Cromwell (Warden Hal Moores), Michael Jeter (Eduard Delacroix).
Scénario : Frank Darabont, d'après un roman de Stephen King.
Photo : David Tattersall.
Musique : Thomas Newman.
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Ces lignes contiennent sûrement quelques révélations sur le film et, à ce titre, il serait peut-être souhaitable d'avoir vu ce dernier avant d'avoir lu tout cela, pour que sa découverte se fasse dans les meilleures conditions.
L'Américain Frank Darabont doit décidément faire une fixette sur l'univers carcéral. Après son premier film de 1994, le paraît-il très réussi Les Évadés, où il nous contait l'histoire d'un banquier envoyé au bagne, il passe cette fois-ci dans La ligne verte de l'autre côté des barreaux, pour nous raconter pendant plus de trois heures celle d'un surveillant de prison zélé, notamment chargé de l'exécution des condamnés à mort dans un centre pénitencier de Louisiane à l'époque de la Grande Dépression des années trente. Tout cela basé sur un bouquin du ô combien apprécié Stephen King. Les carences scénaristiques, si tant est qu'elles existent, ne seront donc pas à mettre au crédit du seul Darabont, qui a néanmoins bâti le script.
Le début du récit annonce une longue histoire, où le réalisateur plante son décor. Un beau décor, s'il en est. Une atmosphère et une image travaillées confèrent au film une vraie ambiance de cette époque plus d'une fois peinte au cinéma, avec plus ou moins de succès. L'histoire, c'est celle de Paul Edgecomb, campé par le toujours convaincu et souvent convaincant Tom Hanks. Accompagné de collègues plus ou moins sympathiques, il ôte la vie à des dizaines de condamnés, à grands coups de chaise électrique. Au bout d'une heure de film, soit au tiers (!) de la durée d'icelui, alors qu'on se dirigeait vers une intrigue qu'on sentait venir à des kilomètres à la ronde, soit celle du gardien de prison qui va se lier d'amitié avec un détenu, patatra. Changement de registre. On tombe dans le fantastique. Un immense colosse, interprété par l'impressionnant Michael Clarke Duncan, gentil et pathétique, est doté de pouvoirs magiques pour dissiper les pires maux, comme celui dudit Edgecomb, qui avait jusqu'alors la miction impossible, ou du moins difficile. Même si on est au premier abord surpris, on reste méfiant et se demande bien jusqu'où Darabont va nous emmener avec son géant à la larme facile, presque sorti d'un conte pour enfants.
Car oui, les personnages de cette Ligne verte, ligne censée désigner le début de la fin pour les condamnés dans cette prison américaine, sont construits sur une logique quelque peu puérile. Ah, c'est sûr, on est loin d'un agressif pamphlet contre la peine de mort ! On voit par contre très bien les Bons et les Méchants, qui se détachent au fur et à mesure que les bobines tournent. Un Méchant chez les surveillants, un Méchant chez les détenus, et que des Gentils autour. Simple, non ? On se retrouve aussi au pays de Mickey quand une petite souris va semer la zizanie dans la prison et sera dressée par un Gentil prisonnier, ou quand le géant, en fait sûrement pas coupable du crime dont il est accusé, ça va de soi, résout les graves problèmes de tous.
Tout cela n'est pourtant que prétexte à un film qui se déroule de lui-même grâce à des qualités fortes, qui s'expriment rapidement si on oublie un tant soit peu le simplisme attaché l'idée de départ. La distribution, principalement masculine et finalement assez pléthorique, s'en sort très bien au pays des fables, au premier rang de laquelle figure nécessairement un Tom Hanks qui, quel que soit le rôle qui lui est attribué, le joue toujours pleinement, ce qui renforce son personnage et toute l'histoire bâtie autour de celui-ci. Le travail de Darabont est finalement plein de qualités : une mise en scène à la hauteur, avec des séquences dont tous les paramètres sont finement étudiés, une véritable atmosphère très incertaine (bien que parfois aussi un peu trop pleurnicharde) et une direction d'acteurs sans failles. En occupant ainsi son spectateur d'une façon maligne, il parvient fort bien à lui faire oublier qu'il va rester devant l'écran pendant près de trois heures au total. Le défaut du film est par contre l'histoire de départ de King qui, si on la regarde avec quelques mètres de recul, sent un peu la facilité et le réchauffé, avec les quelques mauvais tours arrivant aux Gentils pour brouiller les cartes.
La ligne verte n'est somme toute sûrement pas un film prétentieux, quoique la distribution et la durée eussent pu le discréditer en ce sens, ni même saoûlant de par sa longueur. Il n'évite certes pas quelques écueils dans lesquels il s'engouffre à l'envi, mais Darabont délivre ici une œuvre très regardable. Mais presque uniquement avec des yeux d'enfants.
David E.– juillet 2001.