LITTLE MISS SUNSHINE

De Jonathan Dayton et Valerie Faris. 2006. États-Unis. 1h41.
Avec Abigail Breslin (Olive), Greg Kinnear (Richard), Paul Dano (Dwayne), Alan Arkin (Edwin, « Grandpa »), Toni Collette (Sheryl), Steve Carell (Frank).
Scénario : Michael Arndt.
Image : Tim Suhrstedt.
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N.B. : Les paragraphes ci-dessous évoquent avec une relative précision certaines scènes du film.

« La famille est un ensemble de gens qui se défendent en bloc et s'attaquent en particulier. » (Diane de Beausacq)

Le road-movie est encore un des genres qui réussit le mieux au cinéma indépendant américain. Un des derniers exemples en date, Sideways (Alexander Payne, 2005), mettait en scène une paire d'amis sur la route des vins en Californie, dont l'un n'avait qu'une envie, par ailleurs bien peu œnologique : amadouer et séduire la donzelle juste avant qu'il se marie.

Little Miss Sunshine s'inscrit dans cette même veine, à la fois profondément comique, mais aussi gentiment dramatique, autour d'un sujet a priori très léger : emmenée par l'espiègle petite dernière depuis le Nouveau-Mexique vers un concours de beauté en Californie (encore !), une famille aux personnalités relativement antagonistes va passer plusieurs jours confinée dans un minibus Volkswagen, par ailleurs plus que récalcitrant.

Cette famille fonctionne par binômes, à l'image de l'occupation des chambres dans le motel sur le trajet : le père, vantant avec exagération le mérite à l'américaine, se heurte à son épouse, conciliante et faisant du mieux qu'elle peut ; l'ado en pleine crise, réfugié dans un profond mutisme tant qu'il n'obtiendra pas son brevet de pilote, et l'oncle homosexuel spécialiste de Proust ; et surtout, le grand-père hédoniste, consommateur de drogues, à la limite du cartoon, qui a la charge d'apprendre la chorégraphie que la petite, enrobée et délicieuse avec ses binocles démodées et trop grandes pour elle, exécutera le grand jour venu.

Le scénario du film, écrit par un novice en la matière, est malicieusement organisé d'une manière séquentielle, en essayant de faire tendre toute scène vers un comique burlesque (klaxon bloqué, quiproquo avec le policier rencontré sur la route), souvent teinté d'un grinçant cynisme. Il se déroule principalement autour de plusieurs questions simples auxquelles le spectateur se raccroche inconsciemment à chaque instant : la famille pourra-t-elle emmener la craquante gamine à son concours, tout en cohabitant sans se déchirer ? Pourra-t-elle rallier la Californie à temps et s'inscrire ? Comment la petite Olive figurera-t-elle, au milieu de toutes les bimbos en herbe ?

Le couple de cinéastes ménage l'intensité du scénario par la superposition d'avaries et de bonnes nouvelles, de déchirements et de coups de pouce du destin. Si tout le monde est partant pour un tel voyage, le minibus tiendra-t-il le choc ? Si la famille parvient par chance à trouver une route (cahoteuse) pour rallier le fameux hôtel où se déroule la compétition, pourra-t-elle s'inscrire à temps ? On verra. En provenance du monde du clip et de la télévision, les réalisateurs Jonathan Dayton et Valerie Faris, qui signent ici leur premier long-métrage, utilisent non sans talent sur tout ce qu'ils savent faire de visuellement immédiat et de facilement transmissible d'un point de vue comique.

Mais leur tour de force tient dans la façon qu'ils ont utilisée de définir et décrire leurs six personnages : si tous possèdent leurs défauts — certains plus que d'autres, tout de même —, chacun d'entre eux reste d'une émouvante humanité, malgré la difficulté qu'ils surmontent ensemble tout au long de leur périple, et malgré leurs visées souvent opposées. Si la petite Abigail Breslin, neuf ans au moment du tournage, est indéniablement attachante, on n'oublie pas tous les autres, même le pathétique Richard, le père de famille, ou l'ado au look grunge passionné par Nietzsche et qui ne communique que par bloc-notes et signe de têtes, Dwayne.

Le film culmine, et c'est presque là son plus grand mérite, au moment du concours de beauté, alors que le rythme du road-movie, auquel le spectateur s'était habitué, semblait si bien lui seoir. Construit de façon elliptique autour d'un aller-retour entre la scène et les coulisses, l'intérieur de l'hôtel et l'extérieur, les réflexions existentielles et le roulement de mécaniques des petites reines de beauté, le défilé, qui montre à quel point notre famille se situe aux antipodes de la philosophie de ce type d'exhibitions, est un bouquet final remarquable. À la fois euphorique, séduisante et pathétique, l'atmosphère est rendue de façon magistrale, avec les paillettes mais aussi l'émotion nécessaire.

Le quotidien Libération, dont on sait qu'il est un émérite journal de cinéma, titrait à propos de ce film, accompagnant un propos relativement dithyrambique : « Miss Sunshine, l'heure des losers », notamment en référence aux oppositions fréquentes entre le père, qui se veut définitivement dans le camp des « battants » (« winners », dit-on même dans les dialogues), et d'autres membres de la famille, comme l'adolescent mutique Dwayne (« Divorce ? Bankruptcy ? Suicide ? You guys are fucking losers ! » leur balance-t-il violemment).

Il ne s'agit pas de « losers », non (heureusement pour Richard !), pas plus que de « winners ». Simplement de gens qui dans les faits ne se projettent pas sur ce plan, mais qui illustrent le fameux rêve américain à leur façon, modeste et décalée ; ce concours de beauté suranné n'aura finalement été que le prétexte de l'union improbable de personnalités quotidiennement réunies sous une même bannière. Et aussi d'un film coloré et brillant.

David E.– septembre 2006.

Dernière mise à jour : le 10 septembre 2006.

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