MAX

De Menno Meyjes. 2002. Canada/Allemagne/Hongrie/Grande-Bretagne. 1h46.
Avec John Cusack (Max Rothman), Noah Taylor (Adolf Hitler), Leelee Sobieski (Liselore von Peltz), Molly Parker (Nina Rothman).
Scénario : Menno Meyjes.
Photo : Lajos Koltai.
Musique : Dan Jones
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Le texte ci-dessous évoque certaines scènes du film Max, et il serait ainsi préférable de l'avoir vu avant de lire tout cela.

Fin 1918 à Munich, Max Rothman, propriétaire juif d'une galerie d'art, rencontre Adolf Hitler, alors ex-caporal dans l'armée allemande et « artiste » à ses heures perdues. Le thème et le cadre de Max sont ainsi exposés ; et très franchement, on ne va pas beaucoup plus loin.

Pendant la projection de ce film, on le trouve construit de façon très bancale, puisque l'on assiste à un portrait croisé de deux personnes que le réalisateur veut à la fois opposer et réunir. À partir d'un fait réel plus ou moins contesté, Menno Meyjes, par ailleurs grand pote de Spielberg pour qui il a adapté La Couleur pourpre et Indiana Jones et la Dernière Croisade, s'est construit sa propre trame, avec une réussite que je qualifierais de « passable ». D'un côté, Max Rothman est un esthète qui raisonne de façon toujours positive et qui sert l'art avec passion ; de l'autre, Adolf Hitler est ici décrit comme un bonhomme arrogant, désagréable et cynique. Mais voilà, alors que le dernier critique le premier lorsqu'il s'agit de rendre des comptes à ses amis de l'armée, il se fait tout petit devant Rothman, car il veut une place dans sa galerie.

Et c'est en fait ce qui plombe le film. Rothman ne veut pas lâcher Hitler qu'il considère comme un artiste original, au moment où ce dernier lui montre des œuvres dignes de ce nom. Néanmoins, ce n'est pas trop ce qu'on retient, car Max dégage une telle impression de sérénité pendant le film qu'on se dit qu'il lui coûterait peu d'abandonner le projet d'expositions des travaux de Hitler. Le problème, c'est le sens inverse. Pourquoi ce bon vieux Hitler, amateur de thèses antisémites s'il en est, veut-il absolument que ses peintures et dessins trouvent refuge dans la galerie un peu désaffectée d'un Juif qui ne lui promet rien ?

À cela, on peut tout de même apporter une réponse : Max pousse Hitler dans les tréfonds de son être et au plus profond de son art. Néanmoins, celui-ci comprendra assez vite que l'art n'est pas fait pour lui. C'est alors qu'on lui propose – et c'est décrit de façon totalement artificielle dans le film, c'est à peine si ça ne tombe pas carrément du ciel – des responsabilités politiques au sein du naissant parti national-socialiste : on fait appel à ses qualités d'orateur (les avait-il déjà montrées auparavant ?) pour embrigader des foules, qui peu à peu sont gagnées par le virus du « Mort aux Juifs ». Bien entendu, on voit progressivement un mec le crier, puis deux, puis cinq, puis dix et enfin toute une salle. Comme dans les films, quoi.

C'est alors que Meyjes commence à recentrer son propos, qui en avait bien besoin. Il insiste, avec beaucoup de maladresse certes, sur le personnage du futur Führer : ce dernier comprend qu'il trouvera son salut entre art et politique, et envisage de faire de la politique un art, au sens noble du terme. Fort de ses convictions de plus en plus solides, Hitler, toujours plus énergique et enragé, va haranguer les gens qu'il rencontre, afin d'en faire des antisémites convaincus, avec le malheureux succès que l'on sait.

D'ailleurs, Noah Taylor qui interprète ce rôle en fait des tonnes. Alors que l'on aurait pu s'attendre à un Hitler assez fin, vu les préjugés que le spectateur peut avoir sur l'ignominie du personnage, Taylor surjoue et s'expose à l'excès, dans lequel il s'abandonne à corps perdu bien trop souvent. On obtient alors un mec très indigeste, imperturbable, misogyne, complètement asocial et rempli de tics divers, ce qui est pour le moins désagréable, bien que l'on s'imagine de Hitler tout ce qu'on a pu entendre par ailleurs. À l'inverse, Max Rothman est remarquablement interprété par l'imperturbable John Cusack, qui en quelque sorte sauve l'aspect humain du film. Alors certes, le contraste entre les deux fonctionne bien ; il n'empêche qu'il lasse très vite, de par son côté systématique.

Pour son premier film en tant que réalisateur, on peut dire que Menno Meyjes s'est largement fourvoyé. Bien qu'il dispose de l'expérimenté et souvent impeccable Cusack, il ne réussit pas du tout à créer la moindre atmostphère pendant l'heure trois-quarts de bobine, malgré une jolie photo bien travaillée. Pire, on n'y croit même pas. On assiste juste à une interminable série de confrontations entre les deux personnages principaux, habités par des psychologies pour le moins différentes, ce qui bien sûr ne passe pas et renforce l'ennui qu'on peut ressentir au visionnage. Meyjes s'est en effet concentré sur l'aspect artistique de son film, qui ainsi montre de nombreuses œuvres de tous poils, en faisant traîner les plans. Il impose ainsi son rythme lent, rythme qui va comme un gant à certains films, mais pas réellement au sien.

L'autre aspect de sa mise en scène, c'est le côté très outrancier, voire complètement scabreux, que l'on ressent surtout dans le dernier tiers de film, qui jusqu'alors est très policé. On y entre par la scène totalement inepte et assez incompréhensible de la machine de guerre : on y voit un gros chaudron, où l'on peut lire « Kriegsmaschine » (machine de guerre), monté sur une scène dans la galerie, et qui produit des gros boudins de couleur marron.

Le pire est tout de même la fin, qui certes réveille un peu le spectateur mais l'indigne aussi profondément. Le réalisateur joue alors sur la simultanéité de deux rassemblements : une cérémonie juive, à laquelle participe Max Rothman, et une allocution politique, où Hitler crie toute sa haine à une foule peu à peu conquise. C'est alors que Meyjes mêle les deux scènes, met le son d'une sur les images de l'autre et joue sur une analogie paradoxale. On dirait un film de Spielberg, tiens.

Finalement, il m'est difficile de conclure sur un film aussi instable. Meyjes a fait le pari de baser un film sur des faits vraisemblables et de s'appuyer sur le personnage de Hitler, connu de tous pour être un des plus affreux hommes que la Terre ait générés. Il est tout de même regrettable que son acteur soit si insupportable, et surtout qu'il ait fait traîner les choses pendant une heure et demie, pour finalement nous asséner dix dernières minutes d'une rare médiocrité, à la fois morale et cinématographique.

Sans être totalement mauvais, ce film est très oubliable. Et ça aurait pu être pire.

David E.– septembre 2003.

Dernière mise à jour : le 10 septembre 2006.

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