UN PLAN SIMPLE

De Sam Raimi. 1998. États-Unis. 2h01.
Avec Bill Paxton (Hank Mitchell), Bridget Fonda (Sarah Mitchell), Billy Bob Thornton (Jacob Mitchell), Brent Briscœ (Lou Chambers).
Scénario : Scott B. Smith (d'après son propre livre).
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N.B. : L'opinion sur le film livrée en ces lignes ne comporte pas de passages pouvant réellement nuire à la bonne découverte de celui-ci.

Comment réagirions-nous face à un gros paquet d'argent qui nous tomberait du ciel ? Cette question, somme toute banale, est ce autour de quoi Un plan simple tente de s'articuler. Au-delà d'un film à suspense classique qui décrit le devenir d'un trésor récolté d'une façon assez fortuite et qui est évidemment source de complications, ce film-ci est aussi une recherche constante dans le caractère de ses personnages, qui n'est pas des plus négligeables.

Mais revenons-en au film. Dans une région campagnarde des états-Unis envahie par la glace, le froid et la neige, Hank Mitchell, campé par un convaincant Bill Paxton, son frère Jacob (Billy Bob Thornton), beaucoup moins aidé par Dame Nature que son aîné, et Lou, un ami de ce dernier et aussi simplet que le précédent, tombent nez-à-nez avec une grosse somme d'argent — 4,4 millions de dollars ; le scénariste, par ailleurs auteur du bouquin qui est à l'origine du film, voulait vraiment être sûr que même après un éventuel partage, chacun puisse débourser comme il l'entend... — qui se trouve dans un débris d'avion recouvert par la neige. Si l'on veut bien entrer dans cette grosse invraisemblance, base du scénario néanmoins, le film peut prendre ses droits et nous offrir un spectacle autant à suspense, qu'émotionnel et même dramatique. Parce que, au-delà de l'histoire un peu niaise dans lequel le film s'embarque, ce dernier parvient à intéresser le spectateur, et ce, de multiples façons. Tout d'abord, si on regarde Un plan simple pour ce qu'il est au premier degré, on y voit une sorte de thriller avec un enjeu réel qui est de savoir ce qui adviendra de ce fameux magot. Pour cela, le scénario est solide, les ficelles ne sont pas forcément trop tirées, et l'histoire parvient à mener doucement le spectateur vers ce qui est prévu, sans pour autant forcer les effets scénaristiques.

Cependant, pour faire de Un plan simple un film convaincant, Sam Raimi avait quand même besoin d'autres choses, d'un autre fond. Et c'est là qu'on voit que les personnages jouent une place prépondérante. Au-delà du simple film à suspense, Un plan simple est aussi une sorte d'étude assez poussée des comportements des différents protagonistes par rapport à l'argent, et plus exactement, jusqu'où chacun est prêt à faire pour conserver cet argent. Cette étude est d'ailleurs facilitée et soulignée par une certaine pauvreté du reste des ingrédients classiques d'un film du genre. Les décors et la mise en scène sont réduits à leur strict minimum pour parvenir à obtenir une tension froide (comme le temps) entre les personnages. L'astucieuse idée de planter le décor dans des régions champêtres et enneigées contribue d'ailleurs à mettre en place l'ambiance assez électrique, oppressante même par instants.

En fait, le gros point fort de Un plan simple, c'est ses personnages, chacun différent et tous intéressants. Le personnage principal est le citoyen lambda, tout ce qu'il y a de plus normal. Et des trois qui découvrent le magot, c'est celui qui en a le moins besoin, mais qui y tient le plus. Ce Hank Mitchell est en cela bien fouillé, c'est qu'il obéit malgré lui aveuglement aux décisions aussi insensées qu'ignobles de sa femme Sarah, incarnée par Bridget Fonda, qui pourtant ne s'est jamais mise dans cette histoire, mais qui mène en quelque sorte le scénario du film. C'est ici que tout le rapport de l'homme à l'argent est le mieux mis en évidence. Ce ne sont peut-être pas les plus dans le besoin qui aiment avoir de l'argent, mais ceux qui en ont déjà, ce qui n'est pas réellement faux. Le frère de Hank, campé par un exceptionnel Billy Bob Thornton, n'a rien dans sa vie et s'en fiche pas mal. Il est tout le contraire de cette fameuse Sarah : altruiste, généreux, versatile et idiot. Le film parvient même, entre deux scènes de suspense, à toucher par quelques dialogues bien choisis et assez émouvants, sans pour autant qu'ils soient complètement forcés. En parlant de Billy Bob Thornton, on remarquera d'ailleurs qu'après un bref passage dans l'aride U-Turn d'Oliver Stone, il se retrouve ici dans le froid, mais toujours pour incarner un personnage au physique très peu attirant et enlaidi à l'excès. Il ne possède peut-être pas le personnage dominant du film, mais au moins le plus marquant, celui qui reste à l'esprit après visionnage.

Ce film est finalement un excellent thriller, au budget et à l'ambition très modestes, surtout alimenté par d'autres choses qui l'enrichissent largement. Un plan simple vaut réellement le coup d'œil, ne serait-ce que pour son scénario intéressant et ses personnages attachants.

David E.– mars 2001.

Dernière mise à jour : le 10 septembre 2006.

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