SWIMMING POOL
De François Ozon. 2003. France. 1h42.
Avec Charlotte Rampling (Sarah Morton), Ludivine Sagnier (Julie), Charles
Dance (John Bosload), Marc Fayolle (Marcel), Jean-Marie Lamour (Franck).
Scénario : François Ozon, Emmanuelle Bernheim.
Image : Yorick Le Saux.
Musique : Philippe Rombi.
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Le texte ci-dessous contient sans doute quelques révélations à propos du film, et il serait sans doute préférable de l'avoir vu avant de lire ces quelques lignes.
Étant resté sur un 8 femmes, certes plutôt réussi mais somme toute assez classique malgré quelques bonnes scènes, on pouvait se dire que François Ozon savait à merveille diriger les femmes. Il l'a une nouvelle fois prouvé avec ce troublant Swimming Pool, piscine dont l'eau certes claire cache pas mal de choses dans la psychologie des personnages qui s'y prélassent.
Contrairement à ses apparences, Swimming Pool est immensément riche, à la fois dans le contenu et dans la forme. Constitué à la base d'un duel entre deux femmes de générations différentes que tout oppose mises en un même lieu par hasard, le film évolue rapidement vers un drame psychologique, une identification d'un personnage à l'autre, sans que l'on s'en rende réellement compte. Et une fois que l'on a réalisé que ce que l'on observe nous émeut, on tombe malheureusement sur le générique de fin, qui vient sonner la fin d'un film qu'on a sans doute tendance à prendre par le mauvais bout.
Cela commence de façon très familière, voire même usée. On a une vague présentation du personnage principal du film, la romancière Sarah Morton incarnée par la brillantissime et subtilissime Charlotte Rampling, vivant à Londres et qui a une existence, certes professionnellement épanouie (encore que...), mais profondément morose. La première demi-heure du film d'abord dans un Londres que la photo du film n'a pas arrangé tant il semble terne et pluvieux, puis dans le Lubéron, où au contraire le soleil illumine la magnifique villa dans laquelle loge l'écrivain est assez ennuyeuse.
L'arrivée de la jeune garce incarnée par Ludivine Sagnier ne va rien arranger. Bien que l'ambiance fût feutrée auparavant, on arrive alors dans l'excès visuel, où notre amie la jeune nymphomane aux atours séduisants ramène chaque soir dans la même villa (qui est celle de son père) un homme différent n'ayant, par ailleurs, pas nécessairement un physique grâcieux, ce qui semble étonnant au vu l'apparence et du galbe avantageux de la blonde (mais qui s'explique par son insatiable appétit sexuel). Et c'est alors que les protubérances de la demoiselle sont par exemple largement montrées pendant tout le film, que les ébats se multiplient de façon parfois même gênante et toujours à la vue de sa collocataire, et que l'on tombe délibérément dans le stéréotype de l'opposition dénuée de tout dialogue constructif entre la vieille bourgeoise anglaise précieuse et la jeune pétasse à la chevelure blonde, fille de riche, pendue au téléphone et éternellement rebelle envers les adultes du genre de la romancière. Les premiers coups de pinceaux d'Ozon pour décrire ses personnages sont ainsi quelque peu grossiers.
On se demande alors comment le film va pouvoir se sortir de ce dédale dans lequel il s'est lui-même empêtré. Et c'est alors qu'Ozon bouscule un peu son film, qui alors change subtilement, tout comme la psychologie de ses personnages, tout comme le rapport entre ses personnages. La vieille Londonienne coincée du cul devient alors celle pleine de vices, alors que la jeune blonde exhibitionniste fond en larmes. Grâce à la bonne volonté de la première et aux confidences de la seconde, elles sont liées par de multiples secrets qui les unissent solidement (sans compter l'intrigue finale).
Ce rapport si étroit qu'elles entretiennent ensemble va irrémédiablement les plonger dans une possession réciproque. Et l'on se demande alors qui désire, qui déroge à la bienséance, qui est qui, en somme. Et ce cheminement tout au long de la grosse heure et demie de film est assez long à se dessiner. Tellement apporté par petites touches, par petits ajouts qu'on n'a cette sensation que progressivement ; elle nous paraît ainsi naturelle, et cela ne fait que renforcer l'obscurité de la situation, qui contraste avec l'éclatante lumière du film.
Les effets visuels de Swimming Pool contribuent en effet largement à sa réussite. Ozon n'est pas un réalisateur qui ne joue que sur la forme, mais il parvient à faire en sorte que la forme, par à-coups, illustre fort bien son propos. Sans compter quelques jeux scéniques exquis, comme celui où il reproduit deux scènes identiques tournées par les deux femmes dans des contextes différents, ce qui constitue un clin d'œil avant tout discret. Ceux-ci ne sont jamais exécutés deux fois, ne sont jamais montrés de façon exagérée, afin de ne pas faire dans le superflu et d'un peu plus semer le doute. On peut ajouter à ces atouts formels la musique, qui est en fait assez intrigante : principalement faite de thèmes au violon, elle ressemble à celle qu'on écoute lorsqu'on regarde un film policier ou à suspense. Ainsi, Ozon parvient, par petites touches bien sûr, à donner une dimension nouvelle à son film qu'elle posséderait sans doute beaucoup moins si cette musique était absente : celle d'un film où l'on s'interroge sur l'issue, où l'on a peur quant aux destinées des deux héroïnes.
On peut pourtant reprocher quelques détails à Swimming Pool. Tout d'abord de trop vouloir nous donner d'informations inutiles, ce qui est agaçant pour le spectateur. De nombreux aspects de l'intrigue que les personnages ne font qu'effleurer çà et là pendant le film ne sont pas du tout débattus, et aucune clé n'est donnée au spectateur pour qu'il sache quoi faire de ces informations. De plus, malgré le fait que la plausibilité de l'histoire ne constitue pas le point important du film, ce dernier peut parfois nous laisser complètement sceptique quant à ce qu'il se passe, notamment lorsque l'on voit l'impunité laissée aux deux femmes à la toute fin, ce qui paraît tout sauf réaliste. Sans compter le prologue, à la fois banal, peu constructif et un peu racoleur parfois.
Néanmoins, le film est dans l'ensemble prenant et séduisant, voire fascinant et envoûtant. Le charisme de ses actrices, la qualité de sa mise en scène, le charme du décor en font une œuvre pas du tout fade, pleine de personnalité et intéressante à découvrir. Même si l'on regrettera quelques séquences ratées, il n'en est pas moins tellement bien construit dans l'ensemble, tellement homogène, tellement intrigant qu'on sort de la salle un peu désarçonné, avec un seul mot dans la tête : « encore ! ».
David E.– mai 2003.