THE MAN WHO CRIED
De Sally Potter. 2000. États-Unis. 1h37.
Avec Christina Ricci (Suzie), Cate Blanchett (Lola), John Turturro (Dante), Johnny Depp (Cesar).
Scénario : Sally Potter.
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L'opinion sur le film livrée en ces lignes ne comporte pas de passages pouvant réellement nuire à la bonne découverte de celui-ci.
La vie d'une immigrée russe et juive dans l'Europe occidentale du début du siècle. On a déjà vu plus original. Pourtant, c'est le thème de The man who cried où le personnage principal est une femme. Oui, un peu curieux.
Toujours est-il que notre amie ashkénaze, fine et introvertie, qui entre temps a changé de prénom pour devenir Suzie en Grande-Bretagne puis à Paris, est à la recherche de son cher papa, parti dans la glorieuse Amérique des années vingt, et fait timidement de l'opéra dans une Europe dévorée par le nazisme, au fur et à mesure que la demoiselle grandit et s'émancipe.
Le traitement de cette histoire, qui possède une digne prétention, suit le rythme longiligne imposé par le script. Pas de coup d'éclat, pas de haussement de ton, on se demande quand même un peu où on va pour finalement arriver jusqu'au dénouement, où le spectateur se sent par contre un peu floué. Heureux qu'on l'ait mené jusque-là, il n'en repart pas moins déçu par une fin un peu abrupte qui le laisse justement sur sa faim.
Entre temps, Christina Ricci, qui par ses traits présente l'avantage de pouvoir aussi bien interpréter une adolescente de quatorze ans qu'une jeune femme d'une vingtaine d'années, occupe l'écran. Mieux, elle porte le film à bout de bras. Par les sentiments ambigus qu'elle nous distille tout au long des cent minutes passées en sa compagnie, elle nous touche toujours avec tact, mais en laissant des traces, bien que son jeu ressemble quand même étonnamment à ce qu'elle nous a habitués dans d'autres drames du genre. À côté, ses partenaires font quand même bien pâle figure. D'un Johnny Depp quasi-muet en chevalier tzigane chevelu (que Ricci retrouve à nouveau), à un John Turturro réellement peu expressif pour les talents qu'on lui connaît, en passant par une Cate Blanchett, interprétant une poupée russe dans toute sa splendeur, à savoir blonde, nymphomane et avec les r bien enrobés, le casting déçoit. Ils sont à demi excusés par des personnages peu expressifs, tout en nuances, ces nuances qui sont tellement effacées qu'elles se confondent complètement et donnent des protagonistes aux personnalités très lisses et superficielles.
Du côté de la réalisation, c'est propre, sobre et soigné, aucune fioriture ne dépasse. La photo reste terriblement sombre et l'image contraste bien sûr bien souvent avec le teint blafard de l'héroïne, jusqu'au moment où, par un sursaut éléphantesque, on arrive dans une scène claire, qui doit soi-disant témoigner d'un état d'esprit plus joyeux. Et c'est là le pêché du film. Ça a beau être fait sérieusement, ça n'en est pas moins bien souvent lourdement traité. On sent bien Sally Potter déterminée, pour son sixième film, à faire dans le simple et le direct tout en restant dans la nuance et le non-dit dans un drame bien orchestré, mais ce dernier est aussi terriblement mollasson et parfois même ennuyeux. La démonstration est lourde et on la voit bien arriver avec ses gros sabots du fond des bois. Pire, les moments où l'on se rend compte, après coup, qu'ils auraient dû être forts sont mal rendus et le film ne délivre alors aucun relief, aucune émotion progressive, ce qui est regrettable, puisque les bonnes intentions ne manquaient pas.
The man who cried est en fait mené par une Christina Ricci omniprésente qui étonne et parfois émeut par son interprétation équivoque. Pour le reste, ça reste fade, assez long et maladroitement conduit. Dommage pour les intentions montrées et la distribution alléchante.
David E.– février 2001.